En ce début de printemps un peu frais, un peu pluvieux, quelques belles chroniques sur mes trois albums aux Éditions Courtes et longues pour se réchauffer !!

Pour "Le Héron et l'Escargot", par Le Panda Lecteur :

" Enfin j'ai pu mettre la main sur LE album qu'il me manquait de ce merveilleux duo! Evidemment ma librairie-fétiche l'avait, mais il était caché un petit peu... Alors oui, je m'étais promis de ne pas craquer ce mois-ci, restrictions budgétaires obligent, mais bon, quand j'ai vu cet album, il me semblait impossible de ne pas ressortir de la librairie sans l'avoir sous le bras; et puis bon, pour une fois je ne suis pas reparti avec la moitié de la librairie dans des sacs pleins à craquer. J'ai su rester correct, et en plus de ça la cause était noble. Après m'être totalement justifié, il est temps de passer aux choses sérieuses. 

Le Héron et l'Escargot est le premier album co-réalisé par Marie-France Chevron et Mathilde Magnan, début d'une collaboration, on l'a déjà vu avec Gipsy et Fadoli, absolument magnifique. L'histoire est celle d'un escargot qui, sur le point de se faire manger par un héron, demande une dernière volonté, que ce dernier exécute. S'en suit alors une balade aérienne durant laquelle le gastéropode découvre pour la première et dernière fois de sa vie des sensations qu'il n'avait jamais connues.

Ce qui est intéressant à voir, par rapport à l'écriture, c'est que l'auteure d'un album à un autre change volontiers la forme. Ici, Marie-France Chevron s'est vraisemblablement inspiré des fables de La Fontaine. D'ailleurs, le sous-titre nous l'indique: c'est "une fable". Comme chez l'auteur du XVIIème siècle, que nous avons tant chéri durant notre jeunesse et que nous avons laissé labouré le cerveau hein que vous aimez qu'on vous rabâche encore et toujours Le lièvre et la tortu(r)e? Hein? Hein? Avouez!, l'auteure emploie des animaux pour nous donner un semblant de leçon de vie (ne partez pas en courant, on est loin du manichéisme de La Fontaine): j'ai trouvé la chute assez fataliste, parce qu'elle nous dit, en gros, "t'auras beau essayer de te dégager de ta condition mon coco, quand il est prévu que tu te fasses bouffer, tu te fais bouffer". Une fable n'est pas nécessairement versifiée; l'auteure l'a fait ici. J'ai déjà parlé de la musicalité de sa plume, et de son travail sur les sons qui se prête totalement à la forme, du coup. On a droit à quelques anaphores (quand un même mot ou groupe de mots garde la même place dans un vers, ce d'un vers à l'autre), nous confortant ainsi dans l'idée que nous sommes vraiment dans un poème par des effets de rythmes et de sonorités.

Les illustrations de Mathilde Magnan sont également toujours un régal pour les yeux: le réalisme des protagonistes est bluffant, et ce au détail près. J'ose également penser que l'illustratrice a été nourrie (et se nourrit encore) aux dessins de Gotlib, puisque la grenouille-narratrice y va de son petit commentaire sur les pages. Un exemple, pris au hasard: on voit sur une page le héron marcher dans la mare; une première grenouille la montre du doigt en hurlant "Tapon! Tapon!", ce à quoi la grenouille-narratrice répond "Héron! Héron petit, pas tapon!". Voilà, c'est pas grand chose mais moi ça me fait rire, et j'ai tout de suite pensé à la souris et la coccinelle de Marcel Gotlib. Il est aussi marrant de constater que le texte se retrouve dans le long parchemin que lit la grenouille-narratrice, qui devient le double de l'auteure, finalement. Quid de l'illustratrice? S'est-elle, elle aussi, représentée sous la forme d'un animal? Et si oui, lequel?

Conclusion: Le Héron et l'Escargot est beau, très humoristique. Assez fataliste, il ne me semble pas être une ode au voyage ou à la rêverie comme peuvent l'être Gipsy et Fadoli, qui sont davantage poétiques et un peu plus sérieux;  mais ce n'est pas mon préféré malgré tout. Gipsy reste pour moi le meilleur. Cela dit, il y a déjà dans cet album tous les ingrédients qui font que Marie-France Chevron et Mathilde Magnan figurent parmi mes préférées."

Pour "Gipsy" par Bloguiblogas :

" Gipsy est une pie. Toute jeune, elle est tombée du nid et a été recueilli et soigné par Manu. Manu et sa famille vivent dans une roulotte et voyagent. La famille de Manu est devenue celle de Gipsy.

C'est Gipsy la narratrice de ce bel album. Elle décrit l'accueil de la famille et comme elle se sent bien avec eux. Puis elle parle de ses voyages et de sa liberté. Enfin, et c'est la partie la plus intéressante, elle explique le rejet des autres oiseaux qui se méfient d'elle.
Le texte est joli, avec des phrases assez courtes. Il y a une belle complémentarité texte image : la pie expose sa version et les illustrations en montre une autre. Ca retient beaucoup l'intérêt des enfants sur les pages de neige et de plage.
A travers la pie, c'est bien la vie des gens du voyage et l'exclusion dont ils sont victimes dont il s'agit. C'est un sujet rare dans les albums jeunesse et je trouve qu'il est traité ici avec beaucoup de poésie et de nuances."

Et pour "Fadoli" par Nouveaux Livres

"Fadoli, c'est l'enfant des fées qui flotte à la frontière entre deux mondes, là où le réel et l'imaginaire ne font qu'un . les images étranges et colorées parlent d'elles mêmes au grands comme aux petits. La tête dans les fleurs, au milieu des poissons flottants, ce petit funambule de la vie nous laisse entrevoir un autre monde où naufrages et tempêtes n'ont pas d'effets sur lui ! "

Et de nouveau par Le Panda Lecteur :

"J'avais adoré Gipsy, réalisé par les mêmes artistes, donc il n'y a aucune raison pour que Fadoli me déçoive ! 
Comme pour Gipsy la pie voyageuse, le nom du personnage principal a une connotation symbolique assez forte. Après moult recherches qui se résumaient à ouvrir un dictionnaire de linguistique, j'ai appris que "fadoli" signifiait à la fois la fée, mais aussi le fou. D'où l'expression "être fada", originaire du sud de la France. "Fadoli" rime d'ailleurs avec "folie", les sonorités se retrouvent. Et puis bon, c'est un mot qui sonne assez bien musicalement, avec les notes fa et do qui y sont comprises, ainsi que les sonorités italiano-latines. Fadoli danse le fado. Bon ok, j'arrête là les mauvaises blagues...
Fadoli est le narrateur de ce récit. Il reprend les on-dit de son village pour s'en moquer légèrement et nous montrer qu'il est au-dessus de tout ça. Le personnage de Fadoli s'adresse directement à nous, c'est un monologue poétique dans tous les sens du terme. J'ai souvent tendance à citer Agnès Domergue pour la qualité de son écriture très musicale, mais celle de Marie-France Chevron l'est tout autant. D'ailleurs, je l'avais déjà fait remarquer dans mon article à propos de son premier album (sur lequel d'ailleurs Agnès Domergue avait travaillé en tant qu'illustratrice... comme quoi les grandes de ce monde se retrouvent). Le texte est en effet très simple, mais ô combien expressif. Il y a surtout des assonances en "i", prédominantes, en "é" (mais mon accent y est sans doute pour quelque chose), et à moindre mesure en "a". La poésie se retrouve également dans la forme, puisque Fadoli s'exprime par métaphores et avec une syntaxe particulière qui donne un certain effet aux phrases. Cela rajoute du poids au fait que le personnage est un peu tête en l'air, rêveur, non-conventionnel, poète dans l'âme... 
Le texte s'écrase totalement sous les illustrations de Mathilde Magnan. Très réalistes, ces illustrations qui prennent la double page sont magnifiques et laissent suggérer que ce qui se trouve dans la tête de Fadoli est extériorisé: il y a un peu de surréalisme, du farfelu, vu qu'une grande place semble accordée aux rêves et à l'imagination. Ainsi la poésie du texte se retrouve complétée l'explosion de couleurs et de formes de Mathilde Magnan.  Encore une fois, il y a un petit clin d'oeil fait au Héron et l'escargot, le seul album des deux artistes que je n'ai pas encore chroniqué. "Encore une fois", parce que dans Gipsy, le précédent album du duo que j'ai chroniqué, je l'avais remarqué. 
Car c'est un peu le propos de Fadoli: laissons courir l'imagination, et entretenons-la pour mieux rire des "gens pressés".
Je préfère Gipsy à cet album qui reste une réussite, mais il faut bien admettre que ce duo fonctionne à merveille: mesdames, j'en veux encore!"

Merci pour tous ces jolis mots !! Et bonne fin de week-end !

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